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La Roue Libre Gignacoise
Tennis

Passer du tennis au padel : le mur, le geste, la raquette

Une raquette de padel pleine posée contre la vitre du fond d'un terrain, une balle jaune arrêtée dans l'angle

« Il nous manque un quatrième, samedi matin. » L’invitation tombe toujours comme ça, au bord du court, et le club prête la pala pour l’occasion. Vous tenez une raquette depuis quinze ans, vous avez un classement, et vous vous dites que ça ira.

Un joueur de tennis de club débarque au padel avec une main, une lecture de trajectoire et des appuis que personne d’autre n’a dans le carré. Il débarque aussi avec trois réflexes qui vont lui coûter des points pendant deux heures : le service par-dessus la tête, le lift et la certitude qu’une balle passée derrière la ligne de fond est morte.

La bascule coûte une paire de chaussures et rien d’autre. Ce qu’elle demande, c’est une seconde d’immobilité que quinze ans de tennis ont passé à supprimer. Les deux premières heures sont pénibles. Ensuite, ça devient drôle.

Ce que votre licence ouvre déjà, et le seul achat à faire

Le padel n’a pas sa fédération. Il relève de la Fédération française de tennis, comme le beach tennis, et la licence multiraquettes ouvre les disciplines d’un seul tenant. Un licencié qui veut taper des balles au padel n’a donc rien à reprendre au bureau : il est couvert, sa responsabilité civile aussi, et ce que la licence couvre ne change pas d’une discipline à l’autre.

Le classement, lui, est séparé. La fédération tient un classement padel indépendant du classement tennis, « glissant » : il retient les douze meilleurs résultats des douze derniers mois et paraît sur Ten’Up le premier mardi du mois. Votre 15/4 ne vous suit pas. Vous repartez de zéro, ce qui est confortable : personne ne vous attend au filet avec une réputation à défendre.

La raquette, les clubs la prêtent presque tous pour les premières séances, et vous ne saurez pas ce que vous cherchez avant d’avoir joué cinq ou six fois. L’achat à faire tout de suite est ailleurs.

Les chevrons avant la raquette

Le sol d’un terrain de padel est un gazon synthétique sablé. La chaussure qui va avec porte une semelle à chevrons, parfois dite en arêtes de poisson, qui plante dans le sable au lieu de rouler dessus. Une semelle lisse de tennis part en patinage dans les appuis latéraux et surtout dans les freinages. C’est ce que la semelle change aux appuis qui décide de la première séance, bien avant le choix du cadre. Vous jouerez très bien avec une pala d’emprunt ; pas en baskets de salle.

Le service à la cuillère, et la faute qui n’existe pas au tennis

Trois contraintes, pas une de plus. La balle rebondit au sol dans votre carré avant d’être frappée. Elle est frappée à hauteur de taille ou en dessous. Un pied au moins touche le sol au moment du contact. Tout le reste est du tennis : on sert en diagonale, on a droit à deux tentatives, et le décompte ne bouge pas d’un chiffre, ce qui dispense de réapprendre le décompte des points.

La cible, elle, est plus généreuse qu’au tennis. Au tennis, la ligne de service est tracée à 6,40 mètres du filet et le carré mesure 4,115 mètres de large, soit un peu plus de 26 mètres carrés. Au padel, la ligne est à 6,95 mètres et le carré fait 5 mètres de large : près de 35 mètres carrés. On sert plus bas, dans une zone un tiers plus grande.

La faute arrive quand même, et elle prend une forme que le tennis n’a jamais eu à nommer. Une balle qui rebondit correctement dans le carré adverse puis touche le grillage avant son deuxième rebond est une faute. La même balle partie dans la vitre est bonne. Le joueur de tennis qui sert croisé et tendu, par réflexe de compétiteur, expédie sa balle mourir dans le treillis latéral et met un quart d’heure à comprendre pourquoi son partenaire lève la main.

Une seule consigne vaut, les premières parties : servez lentement, vers le milieu du carré. Votre service ne gagnera pas de point. Il n’en perdra pas non plus.

Le mur garde la balle en jeu, et c’est lui qui refait votre placement

Une balle qui a rebondi au sol de votre côté et qui va ensuite frapper la vitre ou le grillage reste en jeu. Vous avez jusqu’à son deuxième rebond au sol pour la reprendre. Rien, dans quinze ans de tennis, ne prépare à ça : la balle longue qui vous dépassait était un point encaissé, elle devient ici une balle qui revient vers vous, ralentie, à hauteur de hanche, et souvent plus facile à jouer que celle qui l’a précédée.

Laisser passer, le réflexe qui ne vient pas

Le geste juste consiste à ne rien faire. On recule d’un pas ou deux en accompagnant la balle du regard, on se tourne légèrement vers la paroi, on attend qu’elle redescende, on frappe. Le joueur de tennis, lui, se jette dessus avant le mur. Il la prend de volée, en retard, la raquette au-dessus de l’épaule, et il met des semaines à s’autoriser cette seconde d’immobilité qui contient tout le padel.

Une distinction fait perdre des points tous les samedis matin à ceux qui débutent. Votre propre renvoi a le droit de taper votre vitre avant de repasser le filet, c’est même un coup de base. Votre propre grillage, non. Une balle que vous frappez et qui touche le treillis de votre côté vous fait perdre le point sur-le-champ. Verre oui, métal non, dans les deux camps, sans exception.

Le reste du placement découle du format, puisque le padel se joue en double et pratiquement jamais autrement. On monte au filet à deux ou on reste à deux au fond. Un joueur qui avance seul ouvre dans son dos un couloir que la paire adverse exploitera au coup suivant, et son partenaire paiera l’addition avec lui.

Ce que votre lift et votre grand armé vous coûtent

Le règlement du tennis autorise une raquette de 73,7 centimètres. Celui du padel s’arrête à 45,5 centimètres, manche compris. Vingt-huit centimètres de bras de levier en moins : le grand armé n’a plus rien à accélérer, il arrive systématiquement en retard, et il laisse la main derrière la balle au lieu de la mettre devant. Le geste se raccourcit, se rapproche du corps, se durcit au poignet.

Le lift pose un problème différent. Il marche parfaitement, et c’est son résultat qui ne va pas : une balle liftée rebondit haut, monte dans la vitre du fond, revient au milieu du terrain à hauteur d’épaule, et vous venez d’offrir un smash. Les deux coups qui manquent au joueur de tennis sont ceux dont il n’a jamais eu besoin, la volée basse jouée sous la hauteur du filet et la bandeja, cette frappe haute amortie qui rend de la longueur sans rendre de vitesse.

Le signe que la bascule est faite n’a rien à voir avec le score. C’est le jour où une balle file au-dessus de votre tête vers le fond et où vous ne courez pas : vous reculez de deux pas, vous la regardez toucher le verre, vous la reprenez au rebond suivant sans y avoir réfléchi. À partir de là, il devient utile de savoir mener une séance de padel plutôt que d’enchaîner les parties.

Tennis et padel, poste par poste

Les deux règlements mis côte à côte disent ce qui vous attend samedi matin.

PosteTennisPadel
Terrain23,77 m sur 8,23 m en simple, 10,97 m en double20 m sur 10 m, clos de vitres et de grillage
Surface par campenviron 130 m² en double100 m²
Filet1,07 m aux poteaux, 0,914 m au centre0,92 m aux extrémités, 0,88 m au centre
Carré de service6,40 m de profondeur, 4,115 m de large6,95 m de profondeur, 5 m de large
Servicepar-dessus la tête, sans rebondà la cuillère, après rebond, à hauteur de taille ou dessous
Raquette73,7 cm au maximum, cordée45,5 cm au maximum, pleine et percée, sans cordage
Balle56 à 59,4 g, rebond de 135 à 147 cm56 à 59,4 g, rebond de 135 à 145 cm
Paroishors limites, le point est finien jeu tant que la balle a rebondi au sol d’abord
Formatsimple ou doubledouble, presque toujours

La balle change moins que la raquette

On répète partout que la balle de padel rebondit beaucoup moins. Les deux règlements ne disent pas ça. La balle de padel pèse entre 56 et 59,4 grammes, la balle de tennis de type 2 pèse exactement la même chose. Lâchée de 2,54 mètres sur une surface dure, la première remonte entre 135 et 145 centimètres, la seconde entre 135 et 147. Les diamètres se chevauchent. Deux centimètres de rebond maximal et un peu de pression interne séparent les deux balles, autant dire rien.

La sensation de balle molle ne vient donc pas de la balle. Elle vient de ce qui la frappe, un tamis plein sans effet de trampoline, et de la paroi qui lui donne une seconde vie au lieu de la sortir du jeu.

Le filet, lui, change pour de bon. Au tennis, il descend de 1,07 mètre aux poteaux à 0,914 mètre au centre : quinze centimètres et demi de creux, que tout joueur un peu tendu se met à viser. Au padel, il va de 0,92 mètre aux extrémités à 0,88 mètre au milieu. Quatre centimètres. Le filet est presque plat, et l’habitude de jouer au milieu pour se rassurer ne rapporte plus rien.

Une raquette pleine, percée, et aucun repère pour trancher

La pala tient dans quelques cotes fixées par la Fédération internationale de padel : 45,5 centimètres au maximum en tout, manche et tamis confondus, 26 centimètres de large, 38 millimètres d’épaisseur, un manche qui ne dépasse pas 20 centimètres. Pas de cordage. Une surface de frappe percée d’un nombre libre de trous cylindriques de 9 à 13 millimètres, qui laissent passer l’air au lieu de rendre de l’élasticité.

Le règlement ne dit rien du poids. Aucune ligne, ni plancher ni plafond, contrairement à ce qu’on lit un peu partout : les valeurs de 340 à 400 grammes qui circulent viennent du commerce, pas du texte. C’est à peu près le poids d’une raquette de tennis cordée, ramassé sur vingt-trois centimètres de moins, et le confort des premières heures se joue là.

Trois familles de formes se partagent les catalogues. La ronde ramène la masse vers la main, élargit la zone de frappe qui pardonne et rend le cadre maniable. Le diamant pousse la masse vers la tête, rétrécit cette zone et paie le sacrifice en puissance au smash. La goutte d’eau tient le milieu. Un joueur de tennis sait ce que pèse un cadre et où se trouve son équilibre parce qu’il en a essayé vingt en quinze ans ; devant un présentoir de palas, il n’a plus aucun repère, et la fiche du fabricant ne l’aide pas. La seule méthode qui vaille est alors de les mettre en regard poste par poste, forme, poids, équilibre et noyau, ce que font les comparatifs qui rangent les raquettes de padel par forme et par niveau de jeu.

Reste un objet que tout le monde prend pour un accessoire : la dragonne. Le règlement en fait une obligation, cordon non élastique de 35 centimètres au plus, fixé dans le manche et passé au poignet. Le confort n’a rien à voir là-dedans : quatre personnes jouent dans une boîte fermée, et une pala de 370 grammes qui échappe à une main moite traverse le terrain à hauteur de visage.

Les questions qu’on pose au bureau du club

Faut-il reprendre une licence pour jouer au padel ? Non. La licence multiraquettes ouvre le padel comme le tennis, et un licencié en cours de saison n’a aucune démarche à faire pour s’inscrire à un tournoi.

Mon classement tennis vaut-il quelque chose au padel ? Rien, administrativement : le classement padel se construit sur ses propres résultats. Sur le terrain, il vaut beaucoup, puisque la lecture de trajectoire et le petit jeu de jambes se transportent tels quels.

Peut-on jouer avec une raquette de tennis ? Non, et pas seulement parce que le règlement l’interdit. Un cadre cordé de 73,7 centimètres ne passe ni dans les gestes courts ni dans les reprises collées à la vitre.

Faut-il savoir jouer au tennis pour commencer le padel ? Non, et c’est l’argument qui remplit les terrains : le service à la cuillère autorise un vrai échange dès la première heure. Beaucoup découvrent d’ailleurs la raquette par le padel avant d’aller voir ce que débuter le tennis en club demande.

Combien de séances avant de tenir une partie ? Une seule suffit pour tenir des échanges, parce que le double partage le terrain et que le service ne pénalise personne. Tenir une partie entière sans donner de point sur une règle mal comprise prend plus longtemps, et ça dépend du temps qu’on met à ne plus courir après les balles longues.