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La Roue Libre Gignacoise
Cyclisme · Mécanique et entretien

Nettoyer sa chaîne de vélo : le dégraissage qui tient, et les produits qui abîment la transmission

Une chaîne de vélo dégraissée posée sur un chiffon blanc, à côté d'une brosse et d'un flacon de dégraissant

0,5 %. C’est l’allongement à partir duquel une chaîne 11 ou 12 vitesses se remplace, souvent avec la cassette quand on a laissé filer. Sur une transmission 9 ou 10 vitesses, la limite est fixée à 0,75 %. Entre le neuf et ce seuil, il n’y a que des kilomètres, et leur vitesse d’usure tient à une seule chose : la pâte d’huile et de poussière coincée entre les rouleaux, qui travaille comme du papier de verre à chaque coup de pédale.

Ce qu’on obtient, et à quoi on le reconnaît

Une chaîne propre est grise. Ni noire, ni luisante : gris métal mat, des maillons sans point dur, une transmission qui ne fait plus qu’un bruit de roulement à vide.

Le contrôle tient en dix secondes. Pincez la chaîne dans un chiffon blanc, faites tourner le pédalier à l’envers sur trois ou quatre tours, regardez le chiffon. Une trace grise claire, c’est de la limaille d’acier : normal. Une trace noire et grasse veut dire que le produit n’est jamais descendu jusqu’aux rouleaux.

Comptez vingt minutes la première fois. Dix, ensuite, quand vous savez où va la brosse.

Dégraissant, WD-40, essence, liquide vaisselle : ce que chacun fait à la transmission

ProduitCe qu’il fait à la chaîneÀ retenir
Dégraissant vélodissout le cambouis et se rince à l’eau12 à 20 € le litre, le seul prévu pour ça
WD-40 multifonctiondécolle le vieux lubrifiant, puis laisse un film trop fluidebon pour décrasser, jamais pour lubrifier
Essence, white-spiritvident les rouleaux de leur graisse d’usinevapeurs inflammables, solvant souillé à traiter
Liquide vaisselleenlève la boue de surface, pas le cambouis interneutile au rinçage, inefficace seul
Vinaigre blancattaque la rouille, puis l’acier qu’il met à nurinçage abondant et séchage immédiat

Le WD-40 finit sur la chaîne parce que c’est le produit qu’on a tous dans le garage. C’est un dégrippant hydrofuge : il décolle très bien le vieux lubrifiant, et c’est son meilleur emploi sur un vélo. Le problème arrive après. Le film qu’il laisse ne tient pas la charge d’un maillon sous couple et capte la poussière dès la première sortie. Le fabricant lui-même ne le propose pas pour ça : son tutoriel d’entretien renvoie vers un dégraissant vélo et une huile de chaîne, deux produits distincts de la bombe multifonction.

L’essence et le white-spirit dégraissent, personne ne le conteste. Ils vident aussi les rouleaux de la graisse posée au montage, qu’aucune huile en goutte à goutte ne remplacera vraiment. Ajoutez les vapeurs en garage fermé et le litre de solvant souillé à traiter : le gain sur un dégraissant prévu pour l’usage est nul.

Ce qu’il faut avoir sous la main

  • un dégraissant vélo, en flacon ou en spray ;
  • une brosse à poils durs, et une vieille brosse à dents pour les galets ;
  • deux chiffons non pelucheux, un vieux tee-shirt fait l’affaire ;
  • une huile de chaîne, sèche pour l’été, humide si vous roulez sous la pluie ;
  • des gants nitrile, un carton, un bidon vide à visser.

Un pied d’atelier aide, mais le vélo retourné sur la selle et le guidon suffit.

Le nettoyage, geste par geste

Caler le vélo et protéger le sol

Posez le carton sous la transmission, chaîne sur le grand plateau et sur un pignon du milieu. La roue arrière doit tourner librement, et le sol être couvert sur un demi-mètre autour du pédalier. Le dégraissant qui tombe sur du béton y laisse une auréole que rien n’enlève.

Faire tourner la chaîne dans le produit

Appliquez le dégraissant sur le brin inférieur, du pédalier au dérailleur, en tournant les manivelles à l’envers. Laissez agir cinq minutes, pas davantage : oublié dix minutes de plus, il attaque les revêtements et les plastiques du dérailleur. Des coulures noires doivent apparaître sur les maillons. Si rien ne coule, la chaîne était déjà propre.

Brosser la cassette et les galets

C’est le geste qu’on saute, et il compte autant que le dégraissage. Passez la brosse entre les pignons, puis sur les deux galets du dérailleur, où s’accumule un bourrelet de cambouis qui recrasse la chaîne dès le premier tour de roue. Les creux entre pignons doivent redevenir visibles, les galets retrouver leurs dents.

Rincer peu, sécher beaucoup

Un filet d’eau tiède suffit. Jamais de jet haute pression, qui pousse l’eau derrière les joints du moyeu et du boîtier de pédalier. Essuyez ensuite maillon par maillon dans un chiffon sec, en tournant le pédalier, jusqu’à ce que le chiffon ressorte à peine gris. Une chaîne prête à lubrifier est sèche au toucher, creux compris.

Une goutte par rouleau, puis essuyer

Déposez une goutte d’huile sur chaque rouleau, et pas un trait continu sur les plaques latérales : l’huile ne travaille qu’à l’intérieur de l’articulation. Laissez pénétrer une minute, tournez une dizaine de tours, puis essuyez tout l’excédent : c’est cette couche extérieure que la poussière vient coller.

Vérifier avant de ranger les outils

Reprenez le chiffon blanc, refaites le test. Trace claire : c’est fini. Passez ensuite toutes les vitesses à la main, montée et descente : le passage doit être franc et silencieux.

Où part le dégraissant sale

Ce qui reste dans le bac est un mélange de solvant, d’huile et de particules d’acier. Il ne va ni dans l’évier, ni dans le jardin, ni au caniveau. Le caniveau est le pire des trois : dans la plupart des communes, il rejoint le réseau d’eaux pluviales, qui part au cours d’eau sans passer par la station d’épuration. Le code de l’environnement punit de deux ans de prison et de 75 000 euros d’amende le déversement dans les eaux d’une substance nuisible à la faune ou à la flore.

Versez plutôt le mélange dans le bidon vide, vissez, laissez décanter une semaine. Les particules tombent au fond, le liquide du dessus resservira. Le reste part en déchetterie, au bac des déchets dangereux, avec les chiffons souillés. L’annuaire de l’ADEME donne les points de collecte par adresse.

Quand ça rate : trois symptômes et leur cause

La rouille orange apparue en deux jours vient d’une chaîne lubrifiée encore humide, souvent après un rinçage au jet : l’huile enferme l’eau dans les rouleaux. Il faut tout reprendre, en séchant bien plus longtemps.

Le grincement qui revient au bout de trente kilomètres dit autre chose : l’huile est restée sur les plaques extérieures au lieu de descendre dans l’articulation. Repassez rouleau par rouleau, et laissez pénétrer avant d’essuyer.

Une chaîne redevenue noire après une seule sortie signale l’excès inverse : l’huile qu’on n’a pas essuyée se comporte comme du ruban adhésif sur la poussière du bord de route.

Si la chaîne saute ou hésite entre deux pignons, la propreté n’y est pour rien : cherchez du côté de la tension du câble et des butées, comme pour un dérailleur qui déraille.

À quelle fréquence on recommence

UsageDégraissage complet
Route par temps sectous les 200 à 300 km
Sortie sous la pluiele soir même
VTT dans la boueaprès chaque sortie
Trajets quotidiens en villetoutes les deux semaines

Le kilométrage donne un repère commode, jamais une règle : l’eau chargée de poussière de route rince le lubrifiant en une heure, et un compteur ne voit pas la météo. C’est le poste le plus fréquent parmi ceux qu’on assure sans atelier, avec le serrage, les freins et la pression des pneus, détaillés dans l’entretien courant du vélo.

Le geste qui change tout dure trente secondes, au retour de sortie : un chiffon serré sur la chaîne, quelques tours de manivelle à l’envers, et la poussière part avant de se mêler à l’huile. Pris en habitude, il espace les vrais dégraissages de moitié. Au fond, le calendrier tient dans le chiffon blanc ; le compteur ne sert qu’à penser à le sortir.